Ma liste noire

Trois articles pour La Croix, un direct en anglais (!) pour RFI et deux autres correspondance Skype pour la chaîne israélienne i24: cette première semaine à Manille aura été intense. A l’image d’une actualité qui s’est déchaînée dès mon arrivée avec l’attaque de la ville de Zamboanga, à Mindanao, par le groupe sécessionniste du MNLF. Sacré coup de chance pour la Pigiste en Goguette que je suis.

MNLF: Zamboanga, “une grosse fiesta” qui “a dégénéré”

Le chef du MNLF, Nur Misuari, a annoncé vendredi aux médias présents à Zamboanga que l’attaque de cette ville côtière du sud de Mindanao par 200 de ses hommes, n’était qu’une “grosse fiesta” qui “a dégénéré“.

Quand on a appris qu’Anaïs LLobet arrivait à Manille, on a sorti le champagne et les kalash, on s’est dit +allez, on va lui offrir un petit baptême de feu à la petiote+. Sauf qu’on n’avait pas d’apéricubes, du coup, j’ai demandé à mes hommes d’en chercher à Zamboanga”, a expliqué Nur Misuari, les yeux cernés de fatigue au douzième jour de combat contre les forces armées philippines.

Les policiers avaient pris les derniers saveur fromage, et c’est là que la grosse fiesta a dégénéré” a-t-il ajouté.

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Merci les gars, la Pigiste en Goguette apprécie l’attention. Vous pouvez remballer, vous avez déjà fait assez de dégâts comme ça. (plus sérieusement, vous pouvez lire ici quelques explications sur la situation à Zamboanga)

En tout cas, outre l’argent amassé qui va me permettre d’aller et (pigiste de luxe un jour, pigiste de luxe toujours) cette première semaine en tant qu’ “Anaïs LLobet, votre correspondante à Manille“, m’a surtout permis de dresser la liste noire des ennemis du pigiste aux Philippines.

1. LA MOUSSON

Ah, ces jours heureux où le mot “mousson” n’évoquait dans mon imaginaire que l’exotique et raffinée marque de vêtements Monsoon. Aujourd’hui, la mousson est un dieu vengeur et terrible, qui appelle au sacrifice quotidien de tes nerfs, projets et habits. Les rues deviennent des torrents de boue, les immeubles des carcasses sans électricité ni wifi, et toi, une sorte de loque mouillée sans chaussures, puisque celles-ci se sont fait la malle à la première bouche d’égout.

Ô joie d’être pieds nus et ruisselante dans un café internet, seul point encore relié au reste du monde, et surtout à la rédaction de La Croix.

Antidote: Gel dans les cheveux, parapluie para-atomique, combinaison de plongée et chaussures ficelées aux mollets… j’achète tout ça ce week-end: la prochaine mousson sera sexy ou ne sera pas.

2. LE RESEAU TELEPHONIQUE

… quel réseau? Ici, on attrape les ondes téléphoniques comme on invoque les esprits des morts: avec crainte, respect et perpétuel étonnement quand on nous répond à l’autre bout de la ligne. Si vous souhaitez communiquer, il vous faut d’abord vous frayer un chemin à coup de machette dans la jungle des forfaits, promos et arnaques de Smart et Globe, les deux frères ennemis du marché téléphonique, véritablement hors de prix.

Pour vous donner un exemple, j’ai dépensé 20 euros en quinze minutes d’interview, parce que j’appelais d’un téléphone Smart sur une ligne fixe Globe. “Erreur de débutante“, m’ont dit mes amis. Du coup, pour l’interview suivante, j’ai pris un forfait appels et SMS illimités. L’interview s’est très bien déroulée, hormis le fait que toutes les 7 minutes, la conversation coupait, une “mesure de précaution” imposée par Smart dès que l’on a un forfait illimité. Aaaaah. Meurtre.

Chers amis français, je vous l’assure, chérissez Orange, embrassez SFR et faites l’amour avec Free; vous ne connaissez pas votre bonheur.

Antidote: Taper. Je m’étais toujours demandée, en regardant les séries américaines, pourquoi leurs personnages balançaient de rage leurs téléphones par la fenêtre. Maintenant je sais: ça défoule.

3. LES EMBOUTEILLAGES

Tu peux être à l’antenne dans 30 minutes?” Techniquement, oui. Je ne suis qu’à 1,6 kilomètre de chez moi, où le point wifi est l’un des rares assez puissants pour transmettre mon image avec fluidité – et non par pixels égarés (tiens, un oeil) via Skype.

Mais je ne peux pas marcher: l’ennemi numéro 1 est en train d’éclater ses nuages comme autant de boutons sur son front. Le ciel est noir de colère, les parapluies s’envolent. Pas le choix, il me faut prendre un taxi. Il n’y en a pas. Une jeepney alors? Elles accueillent déjà le double des passagers autorisés, certains se tiennent sur le marchepied, grimaçant sous de larges sacs plastiques. Par un coup de chance (et le très beau sacrifice d’un ami), j’attrape un tricycle.

Résultat: 45 minutes bloquée derrière le pot d’échappement d’un camion. Impossible de marcher, la rue est devenue rivière; il me faudrait un kayak et je n’en ai pas (âmes charitables qui en ont un de trop, je vous envoie mon adresse sous peu). “Welcome to Manila”, m’a répondu en souriant le chauffeur du tricycle quand j’ai commencé à rouspéter un peu trop fort. “This is our daily agony, you just have to be patient”

Mais je ne suis PAS patiente.

Antidote: l’hélicoptère. Ou la téléportation.

Article écrit un jour où j’avais particulièrement envie de râler pour cause de combo mousson-embouteillages-téléphone impotent. Sinon, Manille c’est très chouette.

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