Au paradis – El Nido

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La recette d’un voyage est facile. Prenez un sac, fourrez-y une ou deux amies, une paire de chaussures, une quinzaine de culottes et autant de pesos

Un voyage réussi, par contre, c’est plus difficile: l’ingrédient magique, la chance, est parfois en rupture de stock au supermarché du coin – il faut alors attendre qu’un inconnu vous en file un peu, souvent lorsque vous êtes au fond du trou.

C’est exactement ce qui s’est passé pour nous. Irène, que nous venions de rejoindre à Manille, Blandine, la bobo de Bohol, et moi venions d’arriver à El Nido après 30 heures de trajet (tricycle-bateau-avion-avion-tricycle-bus-tricycle). Nous nous étions trouvées malgré nous un nouveau compagnon de route, un adorable typhon tout câlin répondant au doux nom de Santi.

Typhon à l'horizon

Typhon à l’horizon!

On avait beau lui lancer des croquettes avariées, Santi continuait à nous suivre en trottinant allègrement, transformant à son passage les rues en ruisseaux, les promenades en épiques expéditions et nos plus belles tenues en obscènes concours de tee-shirt mouillés, et ce, au grand bonheur des Philippins.

Être sur une île paradisiaque et ne pouvoir en profiter pour cause de vision obstruée par brouillard, nuages et rafales de pluie… l’impasse. Heureusement, quatre inconnus nous y attendaient, prêt à nous refiler un peu de chance.

(qu’on soit clair, je ne parle pas ici de drogue, mais de chance)

Vous vous souvenez quand j’appelais les Philippines le pays des Bisounours? Eh bien, nous avons rencontré à El Nido son équipe dirigeante.

Denis et Marc sont deux pilotes philippins, Ayman et Eroll sont leurs techniciens et copilotes. Originaires de Manille, ils sont basés à El Nido un mois sur deux. Quand ils ont vu arriver à l’hôtel nos petites mines dépitées, ils se sont concertés du regard.

– Damn, tu as vu leur tête? regarde pas leurs tee-shirts, c’est indécent.

– Trop tard, boss.

– Tu penses à ce que je pense?

– Affirmatif, boss. Nous avons bien devant nous trois touristes qui n’apprécient pas les Philippines depuis près de deux jours. On déclenche?

– On déclenche.

D’un coup, des coeurs fluo et des mini arc-en-ciels ont virevolté partout dans le patio de l’hôtel: l’opération bisounours venait d’être lancée. Le pouvoir des paillettes multicolores de la team DEMA était si grand que le lendemain, Typhounou s’en est allé souffler un peu plus loin.

Team Palawan

Belle brochette à la plage

Belle brochette au bar, avec nos bienfaiteurs

Belle brochette au bar

L’opération paradis pouvait commencer.  De petits chatons trempés, nous sommes devenus Princesses de Palawan. Pique-nique sur des îles désertes, journées en bateau à sillonner les lagunes, dîners en bord de plage, balades de plusieurs heures sur un littoral aussi sauvage que désert… et à l’instar de la cerise sur le gâteau, du béret sur le Français, nous avons même eu la chance inouïe de faire un tour en hélicoptère au-dessus de l’archipel de Bacuit! (une courte vidéo ici).

Good morning Palawan!

Good morning Palawan!

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El Nido vu d’en haut

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Île paradisiaque vue d’en haut

(Je précise ici que nous n’avons pas eu, à un seul instant, à faire face à des remarques ou des gestes déplacés de leur part. C’était sûrement contraire à la Charte des Bisounours)

Le samedi de notre départ, à nouveau les nuages, qui étaient allés jouer ailleurs, ont pointé leur nez, l’ont froncé, noirs de colère. Le typhon était de retour, et la boucle était bouclée.

Y ALLER

Avion Il n’existe pas de vol international à destination d’El Nido. Il faut donc prendre un vol à partir de Manille. Si vous êtes riches, faites un don à mon blog (je vous enverrais le RIB) et prenez le vol Manille-El Nido (environ 300 euros l’AR). Si, comme nous, vous n’avez pas encore hérité, prenez un Manille-Puerto Princesa (environ 70 euros l’AR). Et gardez le nez collé à votre hublot pour compter les îles bordées de sable blanc.

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Ceci est un aéroport.

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Ceci pourrait en être la piste d’aterrissage

Bus Si vous avez pris le Manille-El Nido, amusez-vous bien dans votre hôtel cinq étoiles, et embrassez votre banquier de ma part. Les autres, vous avez encore huit heures de route devant vous. Ou six heures, si vous optez pour le van à 600 pesos, à la conduite suicidaire, et à l’espace extrêmement réduit pour le bonheur de vos gambettes. Pour l’avoir pris en décembre dernier, je ne vous le conseille pas: j’ai d’ailleurs vu deux vans à l’état de débris sur le bord de la route, sans compter qu’une amie d’ami est morte dans un accident de van à Palawan il y a deux mois.

Nous avons préféré prendre le Cherry bus (465 pesos, soit 8 euros). Certes, c’est deux heures de trajet en plus, mais le paysage les vaut amplement. Nous avions aussi deux places pour le prix d’une et la joie de converser avec les écoliers philippins qui montaient et descendaient du bus. Pour prendre le Cherry bus, il vous faut prendre un tricycle (120 pesos, 2 euros) à partir de l’aéroport direction San José Terminal. Le Cherry bus part toutes les deux heures, il y en a un seul de nuit cependant.

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Avec le Cherry bus, vous avez même droit à une escale glace. Photo d’Irène Truong, car on m’avait à ce moment-là du voyage déjà volé mon iPhone (toute une histoire)

Une fois arrivés à El Nido, vous devrez payer un tricycle pour vous rendre dans le centre du village. Habituellement, le prix est de 10 pesos (20 cts d’euro) par personne.

DORMIR

Il y a quelques années encore, El Nido était l’adresse secrète des baroudeurs de l’extrême, le petit paradis qu’on se recommandait sous le maillot de bain entre heureux élus. Aujourd’hui, El Nido accueille de plus en plus de touristes, et souvent au-delà de ses capacités. Il n’est pas rare de voir les touristes n’ayant pas réservé de chambre dormir dans les cimetières, sur les terrains de foot, dans les cours de récré des écoles… Une option possible pendant la saison sèche, et beaucoup moins agréable lorsqu’il y a typhon et mousson.

Un conseil donc: vérifiez bien que vos vacances ne coïncident pas avec celles des Coréens ou Chinois, et réservez une chambre par téléphone au plus vite. Quitte à en négocier le prix ensuite sur place. Plus nombreuses seront les nuits passées à l’hôtel, plus large sera la ristourne.

Pour notre part, nous avons eu la mauvaise surprise de voir à notre arrivée que l’hôtel que nous avions réservé, La Banane, était absolument infect (et je vous assure que je ne suis pourtant pas très regardante, ayant déjà dormi avec vaches et sangsues en Inde). Nous sommes donc parties, sous le typhon, à la recherche de Residencia Katrina, un hôtel dont j’avais gardé un excellent souvenir lors de mon passage à El Nido en décembre 2012.

Nous avons été ébahies par le rapport qualité prix. Pour 400 pesos (7 euros) par personne (en haute saison 500 pesos, 8,5 euros), nous avions une douillette petite chambre pour trois, avec une jolie salle de bain, et parfois même de l’eau chaude. L’équipe de l’hôtel, Mano, Neslie et Zéni ont été aux petits soins pour nous toute la semaine. Il y a aussi la possibilité de prendre les repas à l’hôtel, ce que je vous recommande: c’est moins cher et bien meilleur que dans le centre-ville.

Si votre budget est limité, il y a un petit hôtel sur la rue du bord de mer, plus ou moins en face du Periking hotel. Je crois qu’il s’appelle le Backpacker Inn. Les chambres, simples, mais propres, sont à 200 pesos (3,50 euros) par personne. Les douches et les toilettes sont partagées. Le propriétaire est très sympa.

Vous pouvez aussi opter pour les bungalows de Tandikan, sur la plage. Les chambres sont en basse saison entre 500 et 900 pesos (8,50 – 15,50 euros), comptez 200 pesos de plus en haute saison. Ou pour le village de Gawad Kalinga, une ONG philippine sur la plage de Kalaan, à 500 pesos par personne.

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Gawad Kalinga

Si vous comptez louer une moto (500 pesos/jour), oubliez El Nido, et optez pour Corong, un village à cinq minutes d’El Nido, et bien plus agréable, car moins touristique. Privilégiez un hôtel sur la plage de Las Cabanas. Recommandé pour les couples en manque de couchers de soleil rose bonbon.

J'aime le rose.

Coucher de soleil barbie

Pour ceux qui font escale à Puerto Princesa, nous vous recommandons la génialissime Banwa Guesthouse. A 400 pesos le lit en dortoir, ou à 1200 pesos (20 euros) la très belle chambre, vous pourrez aussi profiter d’un petit-déjeuner dans leur magnifique patio.

MANGER

Depuis que les backpackers fauchés ont laissé place à El Nido à des touristes un peu plus aisés, les prix sont montés en flèche à El Nido. Bien que quelques stands à”marmites”, ces restos philippins improvisés en bord de route, résistent encore et toujours aux envahisseurs en bermuda, il est de plus en plus difficile de manger pour moins de 250-300 pesos (4,30 – 5,20 euros), surtout si l’on reste dans le centre-ville.

La bonne nouvelle, c’est que si vous étiez las du riz et du pork adobo, vous trouverez à El Nido une multitude de petits restos aux saveurs internationales: italien, français, mexicain… Pour les jus de fruits, ceux près de Sea Slugs sont très bons (50 pesos, 90 cts d’euro). Goûtez celui au guyabano, un fruit dont la saveur ressemble à celle d’une mangue au lait.

Quand on m'arrête dans la rue pour me demander quel est mon secret, je réponds toujours "Un jus de Guyabano bien frais après la gueule de bois" (Claudia Schiffer, septembre 1986, Vogue mag)

Mon secret contre la gueule de bois? Le guyabano, of course. (Claudia Schiffer, septembre 2003, Fruit-fruit-fruit mag)

Pour boire un verre, on a bien aimé tous les restos en bord de mer, notamment le Aplaya, aux prix modérés et au chanteur exceptionnel, Mano. Si vous voulez faire la fête, bouchez vous les oreilles, filez au Puka bar et buvez-y shots sur shots pour moins de 100 pesos (1,70 euros)

A Puerto Princesa, on vous recommande le Kinabuchs, dont la carte propose aussi une petite cinquantaine de plats et dont le cadre est très agréable.

Palawan, ça a aussi été l’occasion pour moi d’enfin goûter à deux spécialités philippines. D’abord le balut, un oeuf de canard où le foetus est déjà formé. Plumes, veines, et même bec et yeux: c’est terrifiant à regarder, mais c’est très bon. Quelques jours plus tard, j’ai enchaîné avec le tamiloc, un ver que l’on trouve dans la mangrove, et que l’on mange soit cru, soit frit. Verdict: plus jamais.

QUE FAIRE

Si vous n’êtes pas kidnappé par les Bisounours dès votre arrivée, pas de panique, il y a mille et une choses à faire à El Nido. On peut y rester cinq jours, dix jours, un mois… et même ne jamais en repartir.

Prévoyez au moins deux jours d’island hopping, la grande activité d’El Nido. Le tour C, qui inclut plusieurs plages et îles paradisiaques, dont l’éblouissante Helicopter Island, est particulièrement à réserver pour les jours de ciel bleu. Si les nuages couvrent un peu l’horizon, préférez le tour A, qui fait le tour des lagunes d’El Nido. Nous avons aussi fait le tour D, qui inclut la magnifique lagune de Cudlao, une sorte d’immense piscine où se mélangent progressivement l’eau douce et l’eau de mer.

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plouf plouf

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Île solitaire à touffe

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Irène la sirène

Les prix officiels sont 900 pesos (15,50 euros) pour le tour C, 700 pesos (12 euros) pour le tour A et D. Les repas sont inclus, mais il faut rajouter les 200 pesos de taxe environnementale (que l’on ne paie qu’une fois tous les dix jours), et parfois 100 ou 150 pesos pour la location d’un masque et d’un tuba. Pour notre part, nous avons à chaque fois réussi à négocier que ces derniers soient gratuits, et que le prix global soit baissé d’une centaine de pesos. Evitez les gros bateaux, c’est tellement plus chouette de n’être que trois ou six dans une lagune!

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Seule maître à bord

Si, comme nous, vous aimez voir votre argent finir dans les poches de la population locale et non pas d’un de ces énièmes Allemands ou Autrichiens qui ont privatisé tout l’archipel, optez pour les bateaux de Gawad Kalinga, une ONG philippine située sur la plage de Kalaan, à cinq minutes à pied sur la gauche d’El Nido. Vous pouvez aussi y manger pour 200-300 pesos. Leur restaurant est excellent.

Et si vous êtes un peu plus riches que nous, n’hésitez pas à louer un bateau pour sillonner l’archipel avec votre propre skipper. A inclure absolument dans votre parcours: Cudlao, Helicopter Island, Small Lagoon, Entalula Island, Big Lagoon, Seven commando (plus sympa en haute saison)…. et toutes les petites plages dont j’ai oublié le nom.

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Hidden beach

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La grande lagune

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Lagune anonyme

Plages Vous ferez la plupart du temps bronzette sur le bateau ou sur les plages qu’il vous fera découvrir, mais si vous passez un jour sur la terre ferme, optez pour la plage de Las Cabanas. Pour 20 pesos (40 cts d’euros) par personne, un tricycle vous y amènera. Il faudra ensuite marcher une petite dizaine de minutes sur un sentier boueux, mais promis, ça vaut le coup. Restez à Las Cabanas toute la journée, jusqu’au coucher de soleil, grandiose, mais quittez la plage avant qu’il ne fasse noir, si vous ne voulez pas vous perdre sur le chemin du retour. A noter qu’un “sunset point view” a été construit, quelques kilomètres avant Las Cabanas, où vous pourrez siroter quelques bières achetées au préalable.

Vous pouvez aussi marcher d’El Nido à la plage de l’aéroport. Comptez deux bonnes heures de plages magnifiques.

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Helicopter island

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Seven commando Island

Plage inconnue, où nous avons déjeuné

Plage inconnue et presque banale

Massage Après une étude comparative très poussée, nous avons établi que les meilleures masseuses étaient celles de Luis. A 250 pesos l’heure, ne vous en privez pas!

CE QU’ON N’A PAS FAIT (mais qu’on vous conseille)

Moto Comme nous étions trois, nous n’avons pas loué de moto: il nous en aurait fallu deux au minimum, et donc un budget quotidien de 1.000 pesos, ce qui était largement au-dessus de nos moyens. Mais si vous êtes seul ou deux, foncez! Et longez le littoral, comme j’avais eu la chance de faire en décembre dernier. A gauche d’El Nido, allez à Nakbaan beach (1h de moto), ou à Buli Beach (3h).

Cascades N’oubliez pas d’aller aux majestueuses cascades d’El Nido. Situées à deux heures de route, elles sont difficiles à trouver, donc renseignez-vous plutôt deux fois qu’une sur l’itinéraire à suivre.

Plongée C’est l’occasion ou jamais! Vous pouvez aussi prendre un bateau pendant huit heures pour vous rendre à l’île de Coron, où vous pourrez plonger au milieu des vaisseaux de guerre japonais coulés par les Américains en septembre 1944.

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Nous, on a préféré faire du snorkeling avec Captain Denis

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Le snorkeling, un sport plein de dangers

pas besoin de plonger, on voit tout du bateau

pas besoin de plonger, on voit tout du bateau

Article écrit au bord de ma piscine à Manille. Je crois que j’ai oublié de mettre de la crème solaire. Dur.

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