Cap’ de devenir pigiste? Aglaé de Chalus à Rio (2/4)

disclaimer: reçues par mail pour des raisons géographiques bien évidentes, les réponses d’Aglaé de Chalus ont été laissées telles quelles. Mes seules contributions éditoriales se limitent aux passages mis en gras, et aux Gifs.

1/ Partir

Partir à l’étranger, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu faire ce métier. J’ai assez rapidement compris qu’aujourd’hui dans les rédactions, c’était de plus en plus difficile d’être envoyée à l’étranger – budgets réduits etc – donc je me suis dit qu’il fallait que ça vienne de moi, qu’il fallait que je “m’envoie” toute seule.

J’y pensais déjà au Celsa oui, mais, pour être honnête, je pensais pas que j’en serais capable. Si travailler à l’étranger m’attirait beaucoup, devenir pigiste en revanche m’a toujours fait peur. Je n’aime pas travailler toute seule, j’ai besoin d’échanger sur mon travail, de discuter avec mes collègues pour travailler un angle ou un titre. Mais c’est un sacrifice que je me suis résolue à faire. Je pensais au Brésil depuis un certain temps : je me suis spécialisée en éco, et je voulais partir dans un pays où on ne parle pas de crise, de morosité ou de chômage tous les jours. Et le Brésil m’attirait, m’intriguait. Et surtout, il y a plusieurs événements prévus dans les prochaines années, la coupe du monde, les JO – je me suis dit que j’aurais forcément de quoi travailler.

L’élément déclencheur a été une opportunité : je travaillais depuis un peu moins d’un an comme responsable de l’édition du Finistère d’un mensuel sur l’actu éco locale et il y a eu un plan social. J’ai proposé de partir en départ volontaire, comme ça j’ai eu un peu d’argent pour me lancer au brésil. Du coup, mon départ a été un peu précipité.

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Leçon n°1: savoir partir dès qu’une opportunité se présente

2/ La préparation

Avant de partir, j’avais deux promesses de piges : le supplément éco de Libé (qui a déjà un correspondant par ailleurs) et le Télégramme. J’ai trouvé d’autres employeurs ensuite quand je suis revenue à Paris. J”étais déjà au Brésil depuis plusieurs mois, je parlais portugais, j’avais déjà qq articles à montrer.. Donc ma proposition de collaboration avait plus de crédibilité. Pour créer une vraie relation avec son employeur, je pense que c’est bien de les rencontrer à un moment ou un autre. Ca facilite beaucoup les contacts.

2/ L’arrivée

Le plus dur, et ça l’est encore – mais je m’y attendais – c’est de travailler seule. Surtout au début, parce que je ne travaillais pas beaucoup, j’avais peu de commandes..Et quand l’actu est un peu faiblarde, j’ai du mal à vendre des sujets, je passe beaucoup de temps à envoyer des propositions sans beaucoup de retour. Mais dès que l’actu revient, alors là c’est le pied. Pour moi, ma première grosse actu, ça a été les manifs en juin et les JMJ en juillet. Les JMJ c’était prévu, mais les manifs non, et quand on vient d’arriver, ça s’appelle un “coup de chance” effectivement! Autre coup de chance, le correspondant de la Croix, ou j’ai fait un stage, était parti en vacances à ce moment là. Je les ai dépanné une fois pendant les manifs et depuis je suis leur “numéro 2”. J’ai pas mal travaillé pour eux aussi pendant les JMJ, donc ça m’a permis de bien me lancer!

Quelques mois après le départ, le bilan est donc très positif : sur le seul mois de juillet, je vais gagner plus que je gagnais avant en étant salariée. Même si c’était grâce à l’actu un peu exceptionnelle de ce mois là, je trouve que c’est encourageant, trois mois après m’être installée là bas. J’ai aussi réussi à avoir des commandes régulières en travaillant pour la presse spécialisée (je pige notamment pour le Moniteur). Ca va me permettre d’avoir un tapis chaque mois. C’est un bon filon et c’est un exercice très exigeant et intéressant. Le pays est encore plus passionnant que je ne l’imaginais ; il faudrait mille vies pour le découvrir tout à fait ! Je suis vraiment contente de mon choix.

4/ Revenir

Pour l’instant, mon installation est vraiment trop récente pour que j’ai envie de revenir. Même dans les moments durs, les premiers mois, où je me tournais les pouces parce que j’avais pas beaucoup e commandes, je me disais que c’était normal, qu’il fallait tenir. Dans les moments vraiment durs, je prends mon vélo et je fais un tour sur la plage de Copacabana ou d’Ipanema — pour me rappeler ou je suis et la chance que j’ai. Ou je fais un truc vraiment carioca : aller à un concert de samba dans la rue, boire des caipirinhas, ou un suco bien frais d’abacaxi com hortela (ananas-menthe, le meilleur combo) dans une lanchonette, le bistrot brésilien. Et ça marche! Je ne prépare pas du tout mon retour sinon mais j’essaie de garder contact avec la France quand même, en donnant des nouvelles etc.

4/ Derniers conseils?

Pour les conseils, je dirais qu’il faut un tapis de sécurité avant de partir, parce que même si on a bcp de promesses de piges, on ne reçoit l’argent que deux à trois mois plus tard, donc c’est à prévoir. Ensuite autre truc qui m’a beaucoup aidé : aller voir les correspondants déjà sur place. A Rio, il y a une très bonne ambiance entre pigistes, ça se passe très bien, dans une concurrence saine, sans compétition ou coups bas. Tout le monde m’a donné des conseils pour mon installation, refilé des plans ou des contacts. Et surtout, on partage les mêmes problèmes, la même solitude, même quand ils sont là depuis 4, 5 ou 10 ans. Ca fait du bien d’en parler, de partager ça.

Contacter Aglaé de Chalus: a.dechalus@hotmail.fr


Cap’ de devenir pigiste?

– A Jérusalem avec Pépito Anonymo

– A Paris avec BL

– Aux Philippines, avec votre dévouée

– A Beyrouth avec Margaux Bergey

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